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Strates féériques

Par Géronimus Tahkwa dit LeLoup

Préambule

Il y a à Paris de ces espaces qui suscitent le respect tout en étant mystérieux et inquiétants. Qu’on croient connaitre, qu’on trouve simple, mais en fait, leurs origines est tout autre que celle connue dans les livres d’histoires ou dans les contes traditionnels. Un de ces espaces se situe dans la grande ville de Paris, et la théorie veut qu’ils ne soient que le produit d’une nécessité urbaine. Les Catacombes de Paris sont d’anciennes carrières de calcaire, vidées de leur pierre, puis réaffectées à la réception des ossements que la surface ne pouvait plus contenir. Elles trouvent leur origine dans les anciennes carrières souterraines exploitées dès l’époque gallo-romaine pour extraire le calcaire lutétien, pierre qui servit à bâtir une grande partie de Paris (églises, maisons, monuments). À partir du Moyen Âge et surtout entre le XIIᵉ et le XVIIᵉ siècle, ces carrières s’étendent sous une large partie de la rive gauche et du sud de la ville. Avec le temps, certaines sont abandonnées… et oubliées. Plusieurs galeries, dont l’accès est aujourd’hui muré ou omis des plans officiels, présentent des formes que l’extraction minière ne justifie point. On y observe des chambres circulaires d’une régularité troublante, des couloirs incurvés sans finalité apparente, et des parois polies comme si l’érosion y avait suivi un dessein plutôt qu’un accident. Il serait hâtif d’y voir la marque d’un art antérieur ; il serait plus imprudent encore de l’écarter sans examen. l convient dès lors d’envisager une hypothèse que l’on jugera peut-être téméraire : les catacombes ne seraient pas seulement des carrières réemployées, mais le vestige d’un espace plus ancien — un lieu dont la fonction première n’était pas l’extraction de pierre, mais la conservation ou la transformation de formes de vie aujourd’hui disparues. Il n’est pas l’apanage de Paris de posséder ce genre d’espace ; toutefois, le phénomène observé dans les catacombes parisiennes constitue l’exemple même de ce que l’on peut appeler « les Strates Féeriques ». On rappellera que des ossements et des fossiles ont été découverts en divers lieux du monde, parfois mêlés à des strates géologiques que l’on croyait exclusivement minérales. Ces vestiges sont les témoins de l’existence de créatures anciennes et remarquables : les Fæs (cf.)

De la structure des strates féériques

Les Strates Féeriques ne sauraient être comprises comme de simples couches superposées selon l’ordre chronologique des dépôts géologiques. Elles ne relèvent point d’une stratigraphie ordinaire, mais d’une organisation plus subtile, où matière, mémoire et puissance se confondent. À la différence des formations minérales classiques, dont la disposition répond aux lois de la pression, du temps et de la sédimentation, les Strates Féeriques semblent obéir à une logique d’accumulation qualitative. Chaque couche ne succède pas seulement à la précédente : elle l’absorbe, la transforme et la conserve sous une forme latente. Ainsi, le substrat ne disparaît jamais entièrement ; il demeure actif, quoique imperceptible à l’œil profane. On peut distinguer, à titre d’hypothèse, trois niveaux principaux :

Ces niveaux ne sont pas séparés par des frontières nettes. Ils s’interpénètrent, formant un continuum où la pierre n’est jamais tout à fait inerte, et où le vide n’est jamais totalement vide. Ces strates ne sont ni stables ni en mouvance, mais en constant déséquilibre. C’est pourquoi souvent, on y trouve des fosses ou des trous d’air inexpliqués, ou encore des effondrements soudain.

De l’Esprit magique des lieux

Il serait toutefois insuffisant de décrire ces strates comme un simple phénomène résiduel. Car là où la matière conserve, l’esprit agit. Les lieux marqués par des Strates Féeriques développent ce que l’on pourrait nommer un esprit propre — non point une entité individualisée, mais une tension permanente entre les forces accumulées et le monde de surface. Cette tension engendre une atmosphère particulière : certains y éprouvent un apaisement profond, d’autres une inquiétude diffuse, comme si le sol lui-même observait ceux qui le foulent. La puissance ésotérique de ces espaces ne procède ni d’une invocation ni d’un rite imposé par l’homme. Elle est inhérente au lieu. Elle précède toute pratique et lui survit. L’occultiste ne crée rien en ces endroits : il ne fait que capter, détourner ou, parfois, perturber un courant déjà existant. On pourrait théoriser longuement sur l’attractivité qu’exercent ces espaces ; toutefois, l’Histoire indique que la majorité des écoles dédiées aux arts magiques se sont édifiées là où les Strates Féeriques sont les plus denses. Elles attirent, concentrent et dégagent une vigueur magique sans équivoque. Cependant, lorsque ces strates se réveillent en hurlant, ou lorsque des perturbations surviennent en leur sein, altérant le Substrat Rémanent (cf. Substrat Rémanent), la matrice mère paraît s’épuiser, se désorganiser ou se fragmenter. La puissance ésotérique se brouille alors et se disperse, donnant naissance à ce que l’on nomme une Saturation Tellurique (cf. Saturation tellurique). Celle-ci est généralement la cause principale des changements de garde, voire des ruptures dans la continuité des institutions qui s’y étaient enracinées. Il serait imprudent d’ignorer que certaines institutions savantes, élevées précisément sur des zones de forte densité féerique, montrent aujourd’hui des signes d’affaiblissement dont l’origine pourrait ne point être exclusivement humaine.

Références

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